Cette fois-ci c'est du sérieux. On passe une
semaine à Fort Nieulay. Quatre jours pour rencontrer, raconter, compter, conter avec les doigts, rencontrer les parents, les interroger, leur demander une comptine, une histoire, une chanson,
raviver les mémoires…
Lundi 6, mardi 7, les jours filent… Petit tour dans les classes, on comptine encore, les parents sont là... certains ont ramené des chansons (dans une petite enveloppe) et puis on rencontre des parents :Beaucoup de parents se prêtent au jeu. On passe du temps, pour s'approcher, s'apprivoiser…
Marie raconte, questionne, "qu'est-ce qu'on chanter déjà ?" chante une comptine, et de là, melant parfois des souvenirs d'enfance de chacun et
chacune surgissent des chansons, des berceuses, des comptines, que l'on reprend avec les mamans (le plus souvent) ou les papas (le plus rare)…
Beau moment aussi avec Sylvie et Ingrid, les deux fourmis de l'école… Elles aussi
ont leur chanson. C'est une chanson pour calmer les enfants…: D'abord, on chante, ensuite on chantonne et ensuite on le fait sans parole. Et en plus,
il y a une petite chorégraphie…
Mercredi 08 avril. On sort... Aujourd'hui pas d'école. Ça tombe bien, on a prévu d'en sortir un peu, d'aller faire un tour dans le quartier, avec les enfants qui fréquentent le CLEAP (c'est le Centre de
loisirs). Ça tombe mal, ce matin il pleut. On change donc de programme. C'est nous qui allons au CLEAP. On est bien accueillis, Marie sort son tablier comptines et raconte...mais les animateurs
aussi ont des choses à nous raconter, on rencontre .....
On se rencontre... doucement.
Sinon, on part aussi à la rencontre de Thérèse…
Thérèse c'est une habitante du quartier, qui est là depuis… très longtemps. Quand on arrive chez elle, la radio ronronne, on s'installe dans le salon, il y a plein de photos de sa famille au mur,
des bibelots, un crucifix – Thérèse est très croyante –. Et deux images pieuses : un portrait de Ste Thérèse et un autre de Saint Antoine de Padoue. Celui là, elle nous dit, fièrement mais non
sans malice, c'est Mr Bart, l'ancien Maire de Calais qui me l'a donné, et pourtant il était 100% communiste…"
Elle nous parle d'elle, du quartier… Des histoires et des comptines ? Elle se
rappelle d'une chanson qu'elle aimait beaucoup, qui parlait d'un Père mort à la Guerre mais elle se souvient plus de la fin. Elle se rappelle d'une
poésie aussi qu'elle aimait beaucoup, de Victor Hugo, c'était comment déjà, "demain dés l'aube…"
Thérèse elle aime son quartier. Elle a lu dans le journal un article qui ne lui a pas plu du tout, un lecteur qui avait écrit du mal du quartier. A lors elle aussi elle a écrit à la Voix du Nord pour dire que c'était
pas vrai. Et sa réponse a été publi��e.
Thérèse elle nous explique que quand elle est arrivée avec ses parents sont
arrivés dans le quartier, après la guerre, ils ont d'abord habité dans un blockaus… Et en 52, son frère est né dans le blockaus.
Thèrese elle dit : "Faut avoir du courage dans la vie, tous ce que vous aurez c'est avec les mains, faut avoir du courage, mon père, lui il
partais avec son accordéon ! ses chansons, son accordéon nous ont sauvé de la faim"
Les histoires, elle en connaît pas, en tout cas elle se souvient pas, mais c'est mieux que la télé, c'est comme le football, une fois son fils lui a dit, tu sais le foot, c'est bien quand tu vas
le voir au stade, parce que tu es avec les autres, tu chantes, tu danses, tandis que regarder le foot devant ta télé, t"es tout seul… Les histoires, qu'elle dit, c'est un peu pareil…
A propos d'histoire, elle se rappelle, c'était pendant le Mondial, tout ses fils
étaient à la maison pour regarder le match, et au milieu il y avait la petite dernière, sa petite fille, tout juste âgée d'un an, et qui ne savait pas encore marcher, et les grands qui
s'agîtaient, tout à coup il y a un but, alors tout le monde pousse des cris, et d'un coup, elle, la petite, elle se met à marcher, pour la première fois ! Ca c'est une belle
histoire…
Le poème de Thérèse : Demain dés l'aube… de Victor
Hugo
"Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la
campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu
m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la
montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus
longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes
pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun
bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains
croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la
nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui
tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers
Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta
tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en
fleur"
Le bibliobus : On est allé au bibliobus : près des tours,
avec jean Lou et tout les autres, c'est le mercredi ... un petit coin d'histoire, des livres chantés, une guitare... On se laisse bercer à son tour par les livres racontés tour à tour (et
parfois à deux voix) par Jean Lou et Carole. c'est le mercredi le bibliobus. la bibliothèque qui promène des livres dans le quartier : les enfants sont au rendez-vous... faut du temps, nous dit
Nadine : mais petit à petit il se passe quelque chose : en tout cas ce jour là il s'est passé quelques choses : juste c'était bien. dehors un vent leger et un doux soleil éclairé le ciel d'un
bleu particulier : un bleu calais. Philippe prend des images, des couleurs...des moments...
Mettre de la distance, prendre de la hauteur... Ballade dans le quartier. Faire des photos, tourner le coin des rues à l'aveuglette, laisser faire le hasard, observer, simplement observer… On est tombés sur Vauban, en
personne, au coin d'une rue, au pied des immeubles. C'est une fresque, et c'est signé Matisse, ou presque : Centre social Matisse. Première rencontre inopinée donc entre Vauban et
Matisse.
Un peu plus loin, les rues prennent des consonances orientales : Rues de Blida,
d'Oran, d'Ajjacio… Précisément dans la rue d'Ajaccio, sur la façade de l'Ecole Maternelle Constantine, une autre fresque, celle là est tout juste en cours de réalisation. Couleurs vives et
fraîches…
Rue de Constantine une autre fresque, celle du Centre de loisirs, et une
inscription, plus ancienne, presque effacée : consultation de nourrissons…
Rue de Constantine encore , une surprise nous attend : L'église, dédiée à… Saint Antoine de Padoue… Le même que l'on a vu en image chez Thérèse.
Encore plus loin, à l'entrée du quartier, il y a un café : "Au calaisien". C'est
le nom de ce café qui, au départ nous a donné l'idée d'intituler le projet "Les calaisiennes".
Derrière le canal, enfin, il y a le Channel, la scène nationale de Calais et dans
la cour, un grand château d'eau, entouré d'un escalier qui permet de monter jusqu'en haut, comme une guirlande qui entoure un sapin de noël. On monte tout en haut. Et une fois en haut, on regarde
Calais, on voit l'autoroute mais pas la mer, trop de nuages, dommage que ce ne soit pas l'inverse, et on cherche le quartier. Il est là, on le repère grâce aux immeubles…
Jeudi 09 avril Une restitution du temps qui
passe… Jeudi, quatrième jour sur place. Une éternité. On se tutoie. On prépare la restitution du
soir. Un petit bout de tout ce qu'on a filmé, écouté, entendu, vu, ressenti. Beaucoup de choses fortes. Du plaisir. On prépare toute la journée. Philippe a travaillé tard, la veille au soir pour
monter les extraits vidéo.
A 16 heures, ou un peu avant, on est prêts. La salle de gym est installée,
vidéoprojecteur, �écran de drap.
encore des traces : des photos et des textes sur le mur de la salle de gym. Parents et enfants s'installent. Ils sont quatre vingt à prendre place,
impatients, avides de vivre ce petit moment partagé, cette restitution sur le coude et sur le fil de ces quelques jours supplémentaires passés avec eux, parmi eux. Rires, émotion, écoute, grande
écoute, malgré la sono défaillante. Il y a aussi les maîtresses d'écoles et le personnel d'accompagnement, il y a Jean Lou, l'homme du bibliobus, et tous ceux de la médiathèque. Pas de bruit, ou
si peu, quatre vingt paires d'yeux et d'oreilles. Plaisir, quand tout les petites mains reprennent les jeux de doigt qui passent sur l'écran, spontanément, comme ça, juste pour revivre le plaisr
d'avoir appris quelque chose. Emotion après, bises de mamans qui ont envie d'en avoir plus, attente du livret qui reprendra les comptines et les chansons…
Il s'est passé quelque chose, comme une volonté collective, un collectif qui
respire ensemble…